Petit jour, les bas côtés se mélangent dans la poussière des vitres. Elle ne somnole plus vraiment, mais goûte au bonheur simple de laisser vaquer son esprit dans la liberté du moment, suspendu entre deux courses comme petites fuites en arrière et en avant. De celles dont elle pense qu’elle les subit, parfois, souvent. Seuls quelques points lumineux et colorés happent sa conscience rêveuse qu’elle maintient en sommeil. Un coup de frein plus brutal et sa tempe heurte l’épaisse couche qui a graissé la vitre après quelques trajets, troublant ses yeux et la barrière feuilletée. Les rouvre totalement sous l’effet du choc. Et se laisse envahir car c’était là le moment. Il y a là de ces petits fragments de sens qui se présentent toujours en temps et en heure. Toujours lorsqu’il le faut. Et voilà qu’elle traverse les baies du monstre métallique à l’arrêt essoufflé. Flanc contre sa route à douce escale: Le café de leur amour. L’esprit se réveille, douce torpeur que la mémoire prolonge. Et voilà que ses doigts courent dans les reflets de la table, dehors dedans, la chaleur est partout. Il a glissé sa main entre les verres, gants, bonnets, appareils pèle-mêle, et présenté sa paume pour qu’elle y pose la sienne. Elle a suivi le chemin de ces deux étincelles au sourire de ses yeux, trouvé l’endroit à l’appel de la peau, et s’est posée doucement. Cette explosion de bonheur, elle la gardait en elle, cachée. Ces magies que l’instant renouvelle. Trajets adorés et piqûres de rappel. “Comme si je pouvais oublier” elle sourit à cette ironie douce et tendre, range l’amer, oui, ainsi renaît-elle à tous les matins, qu’ils soient de labeur ou de paix, dans la lumière colorée du reflet de l’enseigne dans le sombre doré du bois vernis, que le fumet du café prolonge jusqu’au fil de ses lèvres. Ces accents circonflexes où poser ses lèvres.. mais le bout de son doigt, chuut.. Le jardin ne s’envolera pas..
“Déambulations avec lui” Photo+Texte ©FloH’S - Café Brant, Strasbourg, Fév. 2012